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11/03/2025 Par Emmanuel Daveau

Podcast : les enfants sont-ils plus difficiles ?

Pourquoi certains enfants semblent-ils difficiles à table ? Gilles Daveau explore la curiosité, le goût et le rôle des adultes.

Illustration d'un enfant pensif devant une assiette de légumes.

Certains les trouvent plus difficiles ! D’autres pensent qu’il faut stimuler leur curiosité. Mais qu’est-ce qui fait la capacité des enfants de dépasser le connu et d’apprécier des aliments ? Le rejet est une phase normale de développement, mais notre environnement moderne l’accentue. Dans cet épisode, Gilles Daveau évoque la néophobie alimentaire, l’impact de l’éducation sensorielle et quelques clés pour éveiller l’appétit des plus jeunes… et des adultes !

Bonne écoute

Retranscription :

Les enfants sont de plus en plus difficiles

En lançant cette affirmation, on entend certains dire : « Ah oui, ils ne veulent plus goûter à rien. Ils n’aiment pas les légumes, je ne sais pas quoi leur faire à manger. » D’autres, au contraire, sont convaincus que les enfants ne sont pas plus difficiles mais plutôt curieux, et qu’il faut les accompagner.

Un jour, une spécialiste de l’éducation au goût, Madame Marie-Claire Thareau, m’a dit qu’il existait une vraie différence entre :

  • Les personnes nées avant 1970, qui ont appris à manger avec ce qu’il y avait, même si ce n’était pas toujours très attrayant. Les aliments préférés étaient réservés à certaines saisons ou à des moments exceptionnels.
  • Les personnes nées après 1970, qui ont grandi dans un contexte où tout est disponible tout le temps. Dans ce cadre, les aliments les plus attirants et les plus faciles sont privilégiés, notamment pour les enfants.

Lorsque les sensations sont toujours les mêmes, on finit par se limiter aux grandes préférences naturelles :

  • Le sucré et le liquide dès la naissance,
  • Puis le salé, le gras et le croquant.

Bien sûr, ces grandes tendances varient en fonction des lieux de vie, des milieux et des familles.

L’importance de la stimulation sensorielle

Cette éducatrice expliquait que, faute de stimulation dans l’enfance, les capacités sensorielles d’aimer et d’être curieux de ce que l’on goûte se réduisent. Pourtant :

  • Avant 1 an et demi, les besoins alimentaires sont tels qu’on peut presque tout faire goûter aux bébés, et cela s’inscrit dans leur mémoire.
  • Avant 2 ans, apparaît la néophobie alimentaire : une caractéristique des espèces omnivores qui fait que, devenant plus conscients de leurs sensations, les enfants se méfient des aliments qu’ils ne reconnaissent pas, avec le fameux « J’aime pas ».

Pour dépasser cette phase, les enfants doivent être accompagnés par des personnes de confiance (parents ou éducateurs), qui agissent comme des passeurs vers les aliments inconnus. Plusieurs méthodes existent :

  • Raconter des histoires
  • Faire des expériences au potager ou en cuisine
  • Organiser des découvertes sensorielles, en les laissant mettre des mots sur leur goût et leur dégoût.

Lorsqu’ils entendent leurs copains exprimer des perceptions différentes, cela les aide à reconnaître leurs propres sensations, plutôt que de s’arrêter à « J’aime pas ».

Un enjeu qui dépasse l’enfance

On sait aussi que, lors de la pré-adolescence et de l’adolescence, il est normal d’affirmer ses préférences, ses différences et ses refus. Mais les apprentissages de la prime enfance restent ancrés et reviennent plus tard.

Quand des cuisiniers et cuisinières de cantine scolaire se plaignent que les parents n’ont pas fait l’éducation alimentaire de leurs enfants, je leur rappelle que ces mêmes parents n’ont eux-mêmes pas bénéficié de beaucoup d’éducation alimentaire et de stimulations sensorielles variées depuis 50 ans.

Un changement de contexte alimentaire

Le contexte a en effet beaucoup changé :

  • Avant, il n’y avait ni congélateurs ni plats préparés, et la majorité des enfants vivaient proches des lieux de production alimentaire.
  • Aujourd’hui, les aliments sont souvent éloignés et méconnus, et ce sont principalement les publicités des industries agroalimentaires et des supermarchés qui construisent leur représentation de la nourriture.

Alors, les enfants sont-ils vraiment plus difficiles qu’avant ? Ou bien est-ce nous, adultes, qui ne fréquentons qu’une petite variété d’aliments bruts et qui manquons de repères et de savoir-faire pour les cuisiner ?

Comment reconnecter les enfants aux légumes ?

Plutôt que de forcer un enfant à manger des légumes, la vraie question est : Qu’est-ce qui peut les mettre en lien avec ces aliments mal connus et parfois mal amenés ?

Certaines méthodes ne fonctionnent pas :

  • Énumérer les ingrédients du plat,
  • Dire que c’est bon pour la santé (cela renforce souvent la défiance et la néophobie).

D’autres approches sont plus efficaces :

  • Stimuler l’imaginaire,
  • Les faire jardiner ou cuisiner,
  • Activer les cinq sens,
  • Jouer avec les noms ou la forme des plats, en leur donnant une dimension évocatrice.

Une expérience réussie en cantine scolaire

Une expérience extraordinaire a eu lieu dans les cantines de Briançon : 600 enfants ont entièrement mangé des plats inconnus à base de céréales et de légumineuses. Pourquoi ?

  • Les aliments avaient des formes connues.
  • Ils étaient associés à des histoires comme Jack et le Haricot Magique, les Contes de Chichelin ou de Grain de Millet, ou encore La Princesse aux Petits Pois.

Conclusion

Avec Alternative Cuisine, je reviendrai bientôt sur cette notion de néophobie alimentaire. Car beaucoup d’adultes eux aussi refusent certains aliments, comme les graines et légumineuses, simplement faute de récits et de formes évocatrices.

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